"...don't be stuck in the every day reality, allow yourself to dream, have faith in your wildest dreams." [AaRON]

"Ne restez pas scotchés à la réalité quotidenne. Permettez-vous de rêver. Croyez en vos rêves les plus fous..." [AaRON]
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samedi 2 août 2014

VISITES DE L'ETE : VILLA NOAILLES A HYERES

Villa Noailles (cliché de R. Comte)

J'ai profité de quelques jours passés sur la Côte d'Azur pour aller visiter la Villa Noailles à Hyères. J'en connaissais l'existence mais je n'y étais encore jamais allé. Elle a été construite à partir de fin 1923 par l'architecte français (malgré son nom) Robert 'Rob' Mallet-Stevens sur les indications de Charles et Marie-Laure de Noailles, sur un terrain que Charles avait eu de sa mère sur les hauteurs de Hyères, immédiatement en-dessous des ruines du château médiéval. La villa s'étendit peu à peu par l'adjonction d'annexes qui lui firent couvrir une superficie de 1800 m² jusqu'en 1933. Architecturalement, même si elle intègre des techniques avant-gardistes pour l'époque, la villa n'a rien de remarquable : ce n'est qu'une succession de pièces (la plupart très petites) reliées par un labyrinthe de couloirs étroits et d'escaliers. Seule la situation, sur les collines dominant la baie d'Hyères, est magnifique. 

Charles de Noailles et Salvador Dali
Mais la villa vaut surtout par la personnalité extraordinaire des mécènes qui l'ont fait construire et surtout par les amis qu'ils y ont découverts, accueillis, hébergés, aidés... En littérature, citons Jean Cocteau, l'ami d'enfance de Marie-Laure, Aldous Huxley, Mauriac, René Char, André-Pierre de Mandiargues, Gide, Jean Paulhan, piliers de la NRF; mais aussi les surréalistes, à commencer par André Breton, Paul Eluard ou René Crevel, grand ami des Noailles. Il y a eu aussi quelqu'un que le grand public connaît moins mais dont le nom et l'oeuvre sont liés, pour un ethnologue comme moi, à la création du Musée de l'Homme qu'il fonda en 1937. 


En art, ils furent les amis de Chagall, Braque Lipchitz, Juan Gris, Léger, Derain, de Chirico, Picasso mais aussi Miro, Tanguy, Masson, Klee, Max Ernst, Dali ou encore Nicolas de Staël. Ils furent même les premiers à acquérir, dès 1925, une oeuvre de Piet Mondrian ou de Brancusi auquel ils demandent d'étudier une version monumentale de l'Oiseau dans l'Espace pour leur villa. Dès 1929, ils repèrent aussi Alberto Giacometti qui, à 26 ans seulement, était encore un inconnu dans le milieu de l'art.  

Charles et Marie-Laure de Noailles

Une longue série de portraits peints de Marie-Laure, inaugurée par un dessin réalisé par Picasso en 1921, se poursuit tout au long de sa vie avec Dora Maar, Balthus, Giacometti mais aussi par des photos de Doisneau, Brassai et Man Ray. 

A l'époque des Noailles, la villa fut aussi le cadre de nombreuses manifestations, bals, soirées qui furent le prétexte de commandes à des musiciens (Francis Poulenc, Georges Auric, Darius Milhaud), des danseurs ou chorégraphes (Serge Lifar, Roland Petit). 

Si quelques mécènes s'intéressent alors au cinéma d'avant-garde, il n'existe rien de comparable à l'investissement (et aux risques !) que prirent les Noailles, en finançant de jeunes réalisateurs aussi controversés que Buñuel et Dali qui finalisèrent le scénario de l'Age d'or à Hyères en 1930. Ce film créa lors de sa sortie un terrible scandale, dont Charles de Noailles ne se releva jamais tout à fait, et fut aussitôt interdit par le censure. La même année, les Noailles financèrent aussi la réalisation du film de Jean Cocteau du Sang d'un poète (musique de Georges Auric, costumes de Coco Chanel) qui, sans soulever un scandale d'une intensité comparable au film de Buñuel, souleva aussi de nombreuses critiques.    

A la fin des années 60, Marie-Laure de Noailles encouragea Pierre Clementi, surtout connu en tant qu'acteur (de Pasolini, en particulier) à passer à la réalisation de ses propres films. 

Pierre Clémenti
Bref, il serait plus facile de dresser la liste des personnalités qui n'ont pas fréquenté les Noailles que le contraire. 

Malheureusement, après la mort de Marie-Laure, en 1970, la villa, dépouillée de ses meubles et de ses œuvres d'art, est abandonnée. Rachetée par la ville en 1973, elle est classée MH en 1975, il faut cependant attendre 1986 pour qu'un projet de restauration se mette enfin en place. Celui-ci, terminé en 2003, la Villa est rendue accessible au public et des expositions y sont organisées. 

Lorsqu'on visite la Villa Noailles actuellement, on a cependant l'impression, malgré les efforts de ceux qui s'en occupent avec dévouement, d'une "coquille vide". Les centaines de documents photographiques exposés, s'ils sont passionnants par ce qu'ils révèlent de la fabuleuse épopée de la villa et du couple Noailles, ne parviennent pas à redonner son âme à un écrin qui a perdu ce qui faisait sa vie. 

Si vous passez dans la région, il faut cependant consacrer une heure ou deux à la Villa Noailles, surtout pour ce qu'elle a représenté dans l'histoire de l'art moderne et de l'art contemporain.      

samedi 21 juillet 2012

ARCHITECTURE TOUJOURS : LE CORBUSIER

Voici un nouvel extrait de mon Carnet noir qui traite aussi d'architecture et des architectes.


Eglise Saint-Pierre et stade de Firminy (ph. Roland Comte)


"Ce soir, j'ai eu envie de me replonger dans les livres que je possède sur Le Corbusier. Ma fascination pour l'architecture remonte à l'enfance. Lors de tests que nous avions passés à l'école primaire (à Beausoleil, cela parlera aux albenassiens qui me suivent), j'avais répondu au psychologue qui me demandait ce que je voudrais faire plus tard, "architecte ou écrivain". Avec mon frère Yvon - mais c'était avant tout mon idée, nous avions conçu, au grenier, ce que nous appelions une "cité" (dans mon esprit, c'était la "cité idéale") où nous jouions avec nos petites voitures. Je m'étais déjà inspiré de la Cité radieuse de le Corbusier et de l'architecte américain Frank Lloyd Wright.  Il y avait aussi Brasilia. Comment, à l'époque (je devais avoir 10 ou 11 ans) connaissais-je déjà ces architectes et leurs réalisations ? Je ne m'en souviens pas. Mais je les connaissais. J'aimais l'architecture contemporaine. J'avais fait des immeubles sur pilotis qui dégageaient le sol comme l'unité d'habitation de Le Corbusier. Nous avions à l'époque une tante qui habitait Marseille et nous avions dû aller voir de loin "la maison du fada", comme les marseillais appelaient alors cette réalisation révolutionnaire.
Ce soir, en écrivant ces lignes, je repense à l'église Saint Pierre que nous avons vue à Firminy en 2009. Et surtout à l'espace intérieur qui, malgré ses maladresses, m'a beaucoup frappé. Surtout en raison des découpes de la voûte en béton qui laissent passer la lumière et seraient inspirées, selon l'architecte élève et continuateur de Le Corbusier qui a achevé le bâtiment, José Oubrerie, de la constellation d'Orion.
Depuis Firminy, j'ai vu les oeuvre de Gaudi, la Sagrada Familia, écrasante et baroque structure à l'extérieur mais grandiose vaisseau de lumière et de couleurs à l'intérieur et cette passion, cette fascination pour l'architecture ont resurgi avec une force renouvelée... "  

JE VOUS PRESENTE LE "CARNET NOIR"


Le Carnet noir succède au Carnet bleu que vous avez appris à connaître. En effet, le Carnet bleu s'était  rempli, au fil des années, de pensées, de réflexions, de citations... dans lesquelles je me plongeais régulièrement pour en tirer des phrases qui ont en partie alimenté ce blog. 
J'ai commencé à écrire dans le Carnet noir seulement en mai 2012 pour parler d'une série de science-fiction, de Barcelone, et  de l'architecture d'Antoni Gaudi. Le rapprochement de ces sujets peut sembler bizarre. Il l'est.
En effet, lors de notre visite au Centre Gaudi, deReus, ville natale d'Antoni Gaudi, l'architecte (entre autres) de cet invraisemblable monument qu'est la SagradaFamilia, j'ai vu l'extrait d'une vidéo tirée de la série de science-fiction Fringe (pour en savoir plus sur cette série, voir mon blog cinéma ICI) où le héros, Peter Bishop survole une construction bâtie sur l'île de Manhattan par Antoni Gaudi à l'emplacement où devraient se trouver les Twin Towers. Or, ce bâtiment, l'Hotel Atraccion, s'il n'a jamais, dans la réalité, été construit, a bien été imaginé et dessiné par Gaudi.
Au retour de Barcelone, cette histoire m'a longuement trotté dans la tête et je n'ai eu de cesse d'en apprendre davantage. Grâce à des heures passées à surfer sur Internet, j'ai donc découvert que l'un des collaborateurs de Gaudi, l'architecte Joan Matamala, avait révélé que le maître avait réalisé ce projet à la demande de deux hommes d'affaire américains non-identifiés et que l'hôtel, s'il avait été construit selon les techniques des paraboloïdes mises au point par le génial architecte, aurait atteint, voire dépassé, les 360 m de haut, soit env. 80 mètres de moins que l'Empire State Building.



Ebauche de Gaudi de l'Hotel Atraccion qui devait être construit à Manhattan (photo prise au Centre Gaudi de Reus)


La deuxième étape a été de me procurer la série Fringe. L'épisode dans lequel apparaît l'Hotel Atraccion est très bref mais il a aiguisé un peu plus ma curiosité. J'ai donc poursuivi mes recherches et je suis tombé sur un livre écrit par un anglais, John Stephen Raynor  intitulé "The Gaudi facade" ("La façade de Gaudi", hélas, non traduit en français), où l'auteur cite le nom des hommes d'affaire inconnus qui auraient mandaté Gaudi. J'ai donc pris contact avec l'auteur et une correspondance s'est établie entre nous. 


Cette introduction faite, qu'il faudra que je développe dans un autre billet, j'en reviens à ce que j'ai noté dans mon nouveau carnet.
Je passe sur le début (qui correspond plus ou moins à ce que je vous ai dit plus haut). Je parle ici de la série Fringe :

"Cette série, dont j'ai déjà regardé les deux premières saisons, me passionne car elle parle d'univers parallèles et de la relativité du temps. C'est un sujet qui m'a toujours fasciné et je regrette de ne pas avoir les notions scientifiques suffisantes pour mieux comprendre tout cela. J'ai, certes, une formation universitaire, mais elle est purement littéraire car j'ai toujours été imperméable aux mathématiques et à tout ce qui s'y rattache. L'épisode que je viens de voir s'intitule "The firefly" (ce qui signifie "la luciole"). Dans cet épisode, l'observateur lance volontairement une réaction en chaîne (le phénomène est aussi connu du grand public sous le nom "d'effet papillon") pour essayer - c'est du moins ce que croient le héros -  de rétablir l'équilibre des choses détraqué par l'intervention de l'observateur lorsque, au début de l'histoire, il a sauvé Peter enfant et son père tombés dans un lac gelé. Dans le dialogue qui suit, Peter et son père Walter s'interrogent :
 -  "Tu n'as pas l'impression que lorsqu'on est sur le point d'obtenir des réponses, quelqu'un change l'énoncé     des questions ?"
Cette phrase a trouvé en moi une résonance très forte. C'est en effet ce que je ressens souvent lorsque je trouve une réponse à une question que je me pose. La réponse ouvre bien souvent (à vrai dire, presque toujours) sur une autre question comme si quelqu'un, quelque part, s'ingéniait à changer les données de la question..."