"...don't be stuck in the every day reality, allow yourself to dream, have faith in your wildest dreams." [AaRON]

"Ne restez pas scotchés à la réalité quotidenne. Permettez-vous de rêver. Croyez en vos rêves les plus fous..." [AaRON]

lundi 23 décembre 2013

DANCE ME TO THE END OF LOVE par Leonard COHEN



Je connais assez bien l’œuvre de Leonard Cohen que j'ai beaucoup écouté depuis mes années de fac. Il fait partie des chanteurs que je continue d'écouter et dont j’ai toujours quelques chansons enregistrées sur mon lecteur MP3 lorsque je suis en voyage.

J’ai eu la surprise de reconnaître cette voix inimitable à la fin du générique d’un film où je ne me serais pas attendu à la trouver : 100 % cachemire de Valérie Lemercier. Pour ceux qui n’ont pas vu ce film, que j’ai personnellement assez aimé, je dirais que c'est une comédie légère et que l’on ne s’attend pas à y entendre une chanson de Cohen et en tout cas, pas celle-là !

J'ai depuis réentendu cette chanson dans un film injustement méconnu, un remake américain de Parfum de femme, de Dino Risi, bêtement intitulé en français Le temps d'un week-end. Ce film, avec Al Pacino dans le rôle titre, est en tout point remarquable et, à mon avis meilleur que l'originaln ce qui est exceptionnel pour un "remake".

Arrivé chez moi, je me suis précipité sur Internet pour avoir confirmation de mon intuition : c’était bien Leonard Cohen que l'on entendait interprétant une chanson que je ne connaissais pas et qui s’intitulait « Dance me to the end of love ».

Bien entendu, j’en ai aussi recherché les paroles et j’ai voulu les traduire. Comme je l’ai déjà souvent dit ici, et ce n’est une révélation pour personne qui pratique plusieurs langues, la traduction est toujours difficile. Elle confine à l’impossible lorsqu’il s’agit de poésie et encore plus de paroles de chansons. Et lorsqu’il s’agit de chansons de Leonard Cohen..., on atteint les sommets car s’ajoute à tout cela la complexité du personnage et de son inspiration. Sur celle-ci, il s’est toujours refusé, sauf de très rares fois, à donner des explications, ce qui peut se comprendre car un poète ne sait pas forcément (ou n'a pas envie de savoir) ce qui lui a inspiré un poème.

Dans le cas de Leonard Cohen, c’est toujours extrêmement difficile.

Voici maintenant mon modeste essai de traduction. Je n'en suis pas totalement satisfait. Comment le pourrais-je avec une chanson d'une telle richesse et aux telles résonances ? 

Dance me to your beauty with a burning violin
Fais-moi danser jusqu’à ta beauté avec un violon en flammes
Dance me through the panic 'til I'm gathered safely in
Fais-moi danser à travers le chaos jusqu’à ce que je sois à l’abri
Lift me like an olive branch and be my homeward dove
Soulève-moi comme une branche d’olivier et sois ma colombe de retour à la maison
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Oh let me see your beauty when the witnesses are gone
Oh, laisse-moi voir ta beauté quand les témoins sont partis
Let me feel you moving like they do in Babylon
Laisse-moi te voir bouger comme ils faisaient à Babylone
Show me slowly what I only know the limits of
Montre-moi lentement ce que je connais seulement des limites
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Dance me to the wedding now, dance me on and on
Fais-moi danser au mariage d’aujourd’hui, fais-moi danser encore et encore
Dance me very tenderly and dance me very long
Fais-moi danser très tendrement et fais-moi danser encore
We're both of us beneath our love, we're both of us above
Nous sommes tous les deux au-dessous de notre amour, nous sommes tous les deux au-dessus

Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Dance me to the children who are asking to be born
Fais-moi danser pour les enfants qui demandent à naître
Dance me through the curtains that our kisses have outworn
Fais-moi danser à travers les rideaux que nos baisers ont usés
Raise a tent of shelter now, though every thread is torn
Dresse une tente pour nous servir d’abri maintenant, bien que tous les fils soient brisés
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Dance me to your beauty with a burning violin
Fais-moi danser jusqu’à la beauté avec un violon en flammes
Dance me through the panic till I'm gathered safely in
Fais-moi danser à travers le chaos jusqu’à ce que je sois à l’abri
Touch me with your naked hand or touch me with your glove
Touche-moi de ta main nue ou touche-moi de ton gant
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

[Traduction par R. Comte]

Voici maintenant l'interview de Leonard Cohen sur ce texte :

Dance Me To The End Of Love' ... it's curious how songs begin because the origin of the song, every song, has a kind of grain or seed that somebody hands you or the world hands you and that's why the process is so mysterious about writing a song. But that came from just hearing or reading or knowing that in the death camps, beside the crematoria, in certain of the death camps, a string quartet was pressed into performance while this horror was going on, those were the people whose fate was this horror also. And they would be playing classical music while their fellow prisoners were being killed and burnt. So, that music, "Dance me to your beauty with a burning violin," meaning the beauty there of being the consummation of life, the end of this existence and of the passionate element in that consummation. But, it is the same language that we use for surrender to the beloved, so that the song -- it's not important that anybody knows the genesis of it."

"C’est étrange comme les chansons commencent, chaque chanson, comme une graine ou une bouture que quelqu’un vous tend ou que le monde vous offre. C’est pourquoi le processus qui consiste à écrire une chanson est si mystérieux. Mais celle-ci m’a été inspirée après avoir entendu parler, ou lu, ou simplement par le fait de savoir que, dans les camps d’extermination, à côté du crematorium, dans certains de ces camps de la mort, un quatuor à cordes avait été obligé de donner un concert alors que l’horreur était à l’œuvre, eux dont la destinée était une pure horreur. Et ils jouaient de la musique classique pendant que leurs compagnons étaient tués et brûlés. Ainsi,  cette phrase « Dance me to your beauty with a burning violin », qui évoque la beauté qui se consume avec la vie, la fin de l’existence et l’annihilation qu’entraîne aussi la passion. Ce sont les mêmes mots que l’on emploie pour s’abandonner à l’amour; c'est pourquoi il n'est pas important que l'on connaisse la genèse de cette chanson." [Traduction : RC]

Je pense que cet éclairage vous permettra, sinon de comprendre toutes les subtilités de ce texte, du moins vous permettra d'en mesurer la profondeur. 

Reste à savoir pourquoi Valérie Lemercier a mis cette chanson à la fin de son film ? Peut-être ses sonorités lui ont-elle simplement plu ? Peut-être a-t-elle voulu indiquer que son film n'était pas qu'une comédie...  Il est vrai qu'il parle d'une histoire d'adoption ratée et qu'au fond, le sujet amène à réfléchir. Si quelqu'un a la clé de cette énigme, je suis preneur.  

4 commentaires:

  1. Bonjour, je viens de voir le film de Valerie Lemercier, que j’ai bien aimé. Ce film n’est pas si léger qu’il n’y parait puisqu’il met en scène des vies chaotiques ( de protagonistes un peu caricaturaux certes) et évidemment l’amour est au centre de tout ça. La happy end commerciale ne doit pas masquer les difficultés que le film relate pour qu’un couple dure. Le couple cherche des dérivatifs pour se rassurer tant que l’enfant n’est pas présent dans leur vie. Une fois l’adoption entamée, c’est encore pire, on apprend que Gilles Lelouche se tape la collègue vulgaire et envieuse. Et enfin, la chanson de Léonard Cohen à la fin confirme que l’amour se consume comme une flamme difficile à entretenir dans une vie bien rangée. Quelques coups de folie sont nécessaires pour entretenir une flamme amoureuse.
    De plus le couple semble plutôt bien condamné à ne pas avoir d’enfants puisque l’homme a une mère encombrante alors que la femme n’a pas connue sa mère absente qui a préféré se suicider. On peut se demander si la difficulté de procréer dans ce cas n’est pas totalement psychologique. La difficulté de procréer est parfois psychologique. Par exemple il arrive que des couples déclarés inaptes biologiquement réussissent à avoir un enfant après un décès de parent proche.

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    1. C'est bien ce que j'ai souligné dans mon commentaire sur le film sur mon autre blog, consacré au cinéma (il suffit de cliquer sur le lien pour être mis en relation avec cette critique).

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  2. bonjour
    Le film de Valerie Lemercier ne raconte pas qu'une histoire d’adoption mais de la difficulté de procréer et des relations de couple à l'attente et l'arrivé d'un enfant.C'est un très beau film.

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  3. Voir ma réponse précédente à Rita.

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