"...don't be stuck in the every day reality, allow yourself to dream, have faith in your wildest dreams." [AaRON]

"Ne restez pas scotchés à la réalité quotidenne. Permettez-vous de rêver. Croyez en vos rêves les plus fous..." [AaRON]

samedi 25 février 2023

Léo FERRE - Alors vint le printemps

Merci à Fab Delavega pour cette vidéo (Youtube)

Léo Ferré – Alors vint le printemps (Paroles et musique de Léo Ferré)

Ecoutez, Monsieur le poète,

Mais vous semblez venir d’ailleurs

Je viens d’ailleurs

Ah !

Eh bien, avant d’y retourner, allez donc parler

A ceux qui qui se lèvent

Car moi, maintenant, je ne vivrai que la nuit

A ce soir !

Je voudrais que tout s’arrêtât, que tout s’arrêtât là du temps qu’on est des hommes

Je voudrais que cette vie s’en aille comme la mer, là-bas, s’en va

Sur les épaules dénudées de ces rochers en robe de soirée

Rien qu’un moment, rien qu’un temps

Juste le temps de leur laver le sel

Et de leur prendre ces néons sur la place, très haut,

Ces néons de notre vie mécanique

A dix mille pour cent

Et à tout ce que tu peux inventer pour leur faire la main

Et leur couper les plombs

Et les mettre dans l’ombre de notre amour en cas de besoin

 

Je voudrais être l’évangile de la nuit et de l’ennui

En ces temps de pershings[1] ( ?) de Moscou

En ces temps des signaux je n’ai qu’à vous faire signe

Et vous n’en saurez rien car vous mourez des signes

En ces temps de mathématiques supérieures

Vous n’avez plus la mer

Vous n’avez plus les grands oiseaux

Vous n’avez plus les bonnes tempêtes

Qui mettaient de la musique dans les cheminées

Vous n’avez plus vos beaux amants

Qui inscrivaient l’amour dans les cris de la nuit

 

En ces temps de catalepsie

Vous n’avez plus cette parole

Qui vous est dictée du fond des esclavages

Des rotatives

Des antennes

Des haut-fourneaux

Des records

Quels qu’ils soient

Et vint un mec d’outre-saison

D’outre là-bas

Et de la nuit des temps

En des versets de vinaigre et d’épines et de raisons glacées

Il vous dit que les temps étaient venus

D’une mise en question de vos morales essoufflées

Il vous dit que ce temps dont on a tant parlé

Que cet enfer que vous portiez en vous

Comme un nœud de vipères

N’était qu’un paradis honteux et qu’un enfer policier 

 

Il vous dit que les morales

Ne s’habilleraient plus en confection

Mais selon des schémas de fantaisie et de libre-service

Il vous dit que l’amour n’était plus à réinventer mais à faire

Que l’argent n’était plus à gagner mais à prendre

Que la maladie n’était plus à dorloter mais à surprendre

Dans ses moindres détails

Il vous dit que les chemins de glace valent parfois

Les routes fleuries des printemps dirigés

Chaque fin de semaine

Chaque jour férié

Chaque minute déclarée sur la feuille des loisirs

Chaque seconde retirée à votre entendement

En ces temps de pershings (?) de Moscou

 

En ces temps de la réalité objective et misérable

En ces temps du dépit inscrit dans les magazines

Dans les yeux

Dans les partis-pris

Dans les oracles de radio

Et vint un mec

En cotte bleue qui portait avec lui

Les miracles du boulon, de la bielle, des freins à disque

Lisant la bible du chagrin, il en avait noté

L’inexprimé

Le non-dit

L'informulé

Les cheveux de l’horreur

Quand souffle le vent des complaisances

Les sourires du mouton sous la couverture fidèle

Les parlers gutturaux des premiers hommes titubant

Les larmes du bois dans les plaines de Beauce

L'orgueil du sang qui se verglace

Dans les rigoles de la Villette qui se souviennent

Et qui s’inventent des artères

En ces temps des pershings dans la province de Moscou

Les chevaux ne mangeaient plus d’avoine

Pas de sac à leur gueule d’acier

Aucun piaffement

Simplement le roulis d’une amicale suspension

Et qui ronronnait à l’arrêt du relais

" Et foutez m’en vingt litres, monsieur l’aubergiste"

Les chevaux parlaient mal

Ils ne hennissaient plus

Et vint un mec en simili

Pour leur mettre des couvertures anti-gel

Car il gelait très dur

En ces temps de pershings dans la province de Moscou

C'était l’hiver des grands hivers

Et du nord des neurones

"A long time ago"

Comme aurait dit Homère avec l’accent ricain...

 

Et vint un mec d’outre là-bas

D'outre saison

Et de la nuit des temps

Qui te tendit les bras (…)

[Le texte complet est ICI]



[1] Léo Ferré vécut au 28 Bd. Pershing (Paris) de 1951 à 1973.  

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